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16/04/2026

Embargo à Cuba : l’agroécologie pour éviter l’effondrement alimentaire

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Comment éviter l’effondrement alimentaire lorsqu’un pays vit sous embargo durable et voit ses alliances se fragiliser ? Une étude récente à Cuba met en évidence la réactivation d’une agroécologie déjà mobilisée lors des crises antérieures, aujourd’hui réinvestie sous des formes plus hybrides et décentralisées.


Depuis la révolution de 1959, nourrir la population est un pilier du projet politique cubain. L’État a fait de l’alimentation un service public : centralisation des importations, planification de la production et rationnement à travers la libreta, un carnet distribué à chaque famille permettant d’accéder à des produits de première nécessité dans des magasins d’État à prix subventionnés.

L’objectif était clair dès l’origine : garantir un accès universel à l’alimentation. Cuba n’a pas dévié de cet objectif, malgré l’embargo durable mis en place par les États-Unis dès 1962. Dans ce contexte, l’alliance cubaine avec l’Union soviétique a longtemps permis de stabiliser ce modèle en assurant énergie, pesticides et engrais agricoles, semences et plants, fournitures vétérinaires et devises.

Un modèle alimentaire étatique sous dépendance extérieure (années 1960-1980)

Le système cubain reposait alors sur un appareil productif fortement centralisé. L’agriculture d’État – le sector estatal – a regroupé les exploitations héritières des grandes entreprises agricoles nationalisées après 1959. Ces fermes publiques, gérées par des entreprises d’État, fonctionnaient avec des salariés agricoles rémunérés par un salaire fixe, des objectifs de production planifiés et des circuits d’approvisionnement centralisés en pesticides, en engrais et en énergie. À leur apogée dans les années 1980, les entreprises agricoles d’État couvraient près de 80 % de la surface agricole nationale, ne laissant que 20 % entre les mains du secteur privé.

Cette architecture institutionnelle et productive a tenu tant que des appuis extérieurs amortissaient les chocs, qu’ils soient internes ou géopolitiques. Mais, au début des années 1990, l’effondrement de l’Union soviétique a provoqué à Cuba une chute brutale des échanges commerciaux, des soutiens financiers ainsi que des approvisionnements en énergie, en engrais et en pesticides. Fragilisé dans ses bases économiques et productives, le pays s’est vu contraint de réinventer son modèle agricole.

Peinture ornant les murs d’une station de recherche agricole cubaine. Dans la pensée révolutionnaire cubaine, l’agriculture d’État incarne la souveraineté nationale : travailler la terre devient un acte politique, garant de l’autonomie alimentaire et de la dignité collective. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND

De l’agroécologie contrainte à l’institutionnalisation politique (années 1990-2010)

Ce contexte de pénurie du début des années 1990, connu sous le nom de « período especial » (« période spéciale »), a entraîné un virage profond du système productif cubain. Diversification des cultures, recyclage de la matière organique, traction animale, production de bio-intrants  (produit d’origine biologique utilisé en agriculture pour remplacer ou réduire les intrants chimiques, ndlr) : une agroécologie de survie s’est progressivement installée et diffusée à grande échelle, à la fois dans les campagnes et au cœur des villes.

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Ces transformations sont, d’une part, encouragées par une politique agraire consistant à transformer certaines fermes d’État en coopératives et à redistribuer des terres en usufruit à des producteurs. Elles sont, d’autre part, accompagnées par un vaste programme étatique d’agriculture urbaine et suburbaine visant à rapprocher producteurs et consommateurs, sur des bases majoritairement organiques : exploitations maraîchères de petite taille, souvent conduites en planches bio-intensives (voir photo ci-dessous), avec des modes de rémunération réformés pour être davantage incitatifs.

D’abord vécue comme une adaptation pragmatique à la pénurie, cette dynamique a ensuite été institutionnalisée, jusqu’à constituer un référentiel politique et idéologique articulant souveraineté alimentaire, justice sociale et résilience nationale.

Les années 2000 et 2010 ont ensuite été marquées par une forme de normalisation relative. Le soutien vénézuélien, la reprise partielle des importations et le retour d’engrais et de pesticides de synthèse ont relégué l’agroécologie au second plan dans certaines filières, sans toutefois effacer les compétences et les pratiques acquises. Les données nationales indiquent une augmentation sensible de la production agricole, notamment pour les racines et tubercules (manioc, malanga, igname, pomme de terre…), les légumes et les légumineuses, malgré des niveaux d’intrants durablement inférieurs à ceux de la période pré-1990.

Les exploitations agroécologiques cubaines sont le plus souvent de petites fermes familiales diversifiées, peu mécanisées et cherchant l’autonomie en intrants et en énergie. On y trouve des cultures maraîchères diversifiées, des haricots, des racines et tubercules, des bananes plantains, des fruits et des céréales. Dans les zones urbaines et périurbaines, la crise des années 1990 a favorisé l’essor des canteros (photo du haut), des planches de culture surélevées conduites en bio-intensif, permettant de produire davantage sur de très petites surfaces grâce au travail manuel et au recyclage local de la matière organique. Dans un contexte de forte raréfaction des intrants, ces systèmes ont permis d’améliorer l’efficacité d’usage des ressources. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND

Cuba en polycrise : un système alimentaire centralisé devenu vulnérable (années 2020)

Mais au tournant des années 2020, l’accumulation de chocs énergétiques, économiques et géopolitiques révèle la vulnérabilité structurelle du modèle alimentaire centralisé cubain et précipite son entrée en polycrise.

La dégradation de la situation au Venezuela à partir de 2016 entraîne une chute des livraisons pétrolières, tandis que le durcissement de l’embargo américain complique l’accès aux engrais, aux pesticides, à l’énergie et aux financements. À ces contraintes externes, s’ajoutent des fragilités internes : forte dépendance aux importations alimentaires, vétusté des infrastructures et dysfonctionnements logistiques persistants. Si bien que, à partir de 2017, la production agricole nationale recule dans la plupart des filières stratégiques – riz, légumes, légumineuses, racines et tubercules, fruits et agrumes.

En 2020, cette fragilité bascule en crise systémique : la pandémie de Covid-19 interrompt brutalement les recettes touristiques, principale source de devises du pays. Privé de ressources extérieures, l’État cubain voit ses marges de manœuvre financières se contracter fortement, fragilisant le modèle centralisé d’approvisionnement, de distribution et de don. La réunification monétaire engagée en 2021, en générant une forte inflation, accentue encore cette dynamique.

Résultat : Cuba importe aujourd’hui 70 % à 80 % de son alimentation, pour un coût annuel proche de deux milliards de dollars (plus de 1,6 milliard d’euros). Si les produits alimentaires sont partiellement exemptés de l’embargo depuis 2000, ces importations s’effectuent sous fortes contraintes, notamment l’obligation de paiement comptant, sans accès au crédit. À l’inverse, les engrais et pesticides agricoles et l’énergie restent fortement affectés par le durcissement des sanctions.

Dans ce contexte, l’accès économique à l’alimentation se dégrade fortement. Le système de rationnement de la libreta, longtemps pilier de la sécurité alimentaire, ne couvre plus qu’une part limitée des besoins.

Cette situation révèle une tension structurelle : un système fortement centralisé et dépendant d’approvisionnements extérieurs, qui devient particulièrement vulnérable lorsque ces flux se contractent. Pensé comme un dispositif de sécurisation alimentaire universel, le modèle étatique cubain se trouve ainsi confronté à une accumulation de chocs qu’il peine à absorber.

Résister sous contrainte : l’agroécologie comme ressort discret de la résilience cubaine

Cependant, malgré la dégradation marquée de la sécurité alimentaire, certains indicateurs nutritionnels restent étonnamment stables. La prévalence de la sous-alimentation chronique demeure limitée, la mortalité infantile reste basse, et la disponibilité énergétique alimentaire est comparable à la moyenne mondiale, largement au-dessus du seuil critique de 2 100 calories (kcal) par personne et par jour. Ce décalage entre fragilisation du système centralisé et maintien relatif des équilibres alimentaires interroge les ressorts réels de la résilience cubaine.

Des travaux récents expliquent ce paradoxe par un déplacement progressif du centre de gravité du système alimentaire cubain. À mesure que les dispositifs étatiques d’approvisionnement s’affaiblissent, les capacités productives et adaptatives du secteur non étatique prennent le relais. La résilience du système alimentaire cubain ne repose plus sur son architecture centralisée, mais sur un basculement vers des dynamiques décentralisées.

Les fermes du secteur non étatique assurent aujourd’hui l’essentiel de la production alimentaire nationale : avec environ 40 % des terres cultivées, elles contribuent à plus de 80 % de l’offre alimentaire. Dans un contexte de contraintes croissantes, elles constituent également le principal foyer d’innovation agroécologique.

Elles expérimentent de nouvelles techniques culturales, investissent dans les énergies renouvelables, développent des circuits courts, et réhabilitent des techniques de conservation et de transformation, comme la déshydratation de fruits et de plantes aromatiques, la fabrication de coulis de tomate, de fromage de chèvre et de pickles de légumes en saumure. La polycrise agit ainsi comme un catalyseur, accélérant la décentralisation de la production et de l’innovation.

L’agroécologie s’impose à Cuba comme une stratégie d’adaptation à l’incertitude et aux pénuries, sans pour autant relever d’une logique d’autarcie stricte. Les fermes restent hybrides, ajustant en permanence leurs stratégies aux conditions d’accès aux ressources. Les producteurs alternent entre autoproduction de bio-intrants et recours aux engrais importés, et combinent traction animale et mécanisation afin d’assurer la continuité des travaux agricoles malgré les contraintes énergétiques. Les productions alimentent à la fois les circuits étatiques (magasins publics, hôpitaux, libreta) et des marchés locaux informels, devenus essentiels pour l’écoulement des surplus et l’accès à la liquidité.

Face aux pénuries d’énergie et d’intrants, les exploitations agricoles cubaines cherchent à renforcer leur autonomie en mobilisant des ressources locales : petits méthaniseurs produisant du biogaz à partir de déchets organiques, dispositifs de récupération d’eau de pluie ou encore recours à des sources d’énergie éolienne, solaire et hydraulique. Pour autant, il ne s’agit pas d’une recherche d’autonomie totale. Les systèmes restent fondamentalement versatiles, capables d’alterner entre ressources locales et intrants importés selon les contraintes. Ainsi, la traction animale (bœufs pour le labour, chevaux pour le transport) coexiste avec le recours au tracteur et à des circuits informels d’approvisionnement en carburant. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND

Cette capacité à naviguer entre différents régimes techniques et institutionnels, plutôt qu’à s’enfermer dans un modèle unique, constitue un ressort central de la résilience cubaine. Elle s’accompagne toutefois d’une fragilité croissante : l’émigration des jeunes actifs réduit la main-d’œuvre disponible, compromettant la transmission des savoir-faire et limitant les capacités d’innovation dans des systèmes intensifs en travail.

Il n’existe pas de chiffre unique permettant de quantifier précisément le nombre d’exploitations agroécologiques à Cuba. Une étude de référence avance que plus de 200 000 producteurs participent au mouvement agroécologique Campesino a Campesino, couvrant plus d’un million d’hectares et représentant environ de 50 % à 60 % du secteur paysan. Cependant, seule une fraction de ces exploitations – environ 3 600 fermes – disposent d’une certification agroécologique par l’Asociación Nacional de Agricultores Pequeños (ANAP).

Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils agrègent des niveaux d’engagement très hétérogènes et incluent des fermes de démonstration ou expérimentales accompagnées par des programmes publics ou de coopération, dont la représentativité reste à documenter.

Bio-intrants et biofabriques : un révélateur des tensions du modèle cubain

Les bio-intrants offrent un point d’entrée particulièrement révélateur des tensions et des capacités d’adaptation du système alimentaire cubain.

Dans un contexte de pénurie chronique d’engrais de synthèse et de pesticides de synthèse importés, les bio-intrants – notamment à base de microorganismes autochtones bénéfiques – occupent une place stratégique dans la capacité du système agricole cubain à continuer de produire. Cuba dispose à cet égard d’un capital scientifique ancien en microbiologie agricole et d’un réseau historique de biofabriques publiques pensées comme des infrastructures de souveraineté technologique et alimentaire.

La biofabrique IHPLUS de la station Indio Hatuey (province de Matanzas) produit un biofertilisant à base de microorganismes, avec une capacité de 1 million de litres par an. Autrefois largement diffusé, le biofertilisant connaît depuis deux ans une chute drastique de production, inhérente à des difficultés structurelles, au premier rang desquelles les coûts élevés du carburant freinant la distribution. Crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND

À l’image du secteur agricole dans son ensemble, les biofabriques étatiques voient leur fonctionnement fortement contraint par les pénuries d’énergie et d’intrants. L’augmentation du coût du carburant freine la distribution et a conduit à l’arrêt des services techniques qui assuraient la promotion et la diffusion du produit dans les territoires. Les difficultés de transport limitent également la capacité des agriculteurs à s’approvisionner directement à l’usine, comme ils le faisaient auparavant. À cela s’ajoutent des contraintes d’accès aux substrats, aux milieux de culture, aux emballages et aux pièces détachées, indispensables à la production régulière de bio-intrants.

Il en résulte un décalage croissant entre l’existence d’une infrastructure publique formelle et sa capacité opérationnelle à répondre aux besoins des producteurs.

Face à ces limites, des formes d’innovation paysanne et collective se développent à l’échelle locale : à l’image des fermes Cinco Palmas et de Punta Las Cuevas (photos ci-dessous), où la production artisanale de bio-intrants soutient la production de plantules, alimente d’autres exploitations et s’insère dans des circuits courts. Loin d’émerger ex nihilo, ces dynamiques mobilisent et recomposent des savoirs, des réseaux et des dispositifs hérités, réactivés et adaptés aux contraintes contemporaines. Elles illustrent plus largement un déplacement des capacités d’innovation du système cubain, du secteur étatique vers des formes décentralisées et informelles.

Cependant, cette agroécologie décentralisée reste largement invisible et peu reconnue dans les cadres réglementaires existants, ce qui limite sa diffusion et sa montée en échelle. C’est à cette interface que s’inscrivent différents projets de recherche qui visent à documenter les pratiques émergentes, à en évaluer les performances et à analyser les conditions institutionnelles de leur reconnaissance.

Face aux pénuries d’intrants importés, une dynamique d’innovation décentralisée émerge à Cuba : à la ferme, les producteurs fabriquent leurs propres biopesticides à base d’huiles essentielles, biofertilisants, éliciteurs et microorganismes autochtones bénéfiques (MAB), renforçant l’autonomie productive et la résilience des systèmes agricoles. crédit photo : R. Belmin/Cirad. CC BY-NC-ND

Quand l’agroécologie redéfinit le rôle de l’État

L’expérience cubaine montre qu’un système alimentaire peut encaisser des chocs extrêmes et s’adapter par la transformation de ses structures sans s’effondrer. Sous embargo, crises économiques multiples et recompositions géopolitiques régionales, Cuba évite encore une crise nutritionnelle majeure. Mais cette résilience ne tient plus à la planification centralisée : elle repose désormais sur un basculement vers des formes décentralisées et hybrides d’agroécologie portées par le secteur non étatique.

Paradoxalement, ce mouvement d’autonomisation productive et de décentralisation n’entre pas frontalement en tension avec l’État : il trouve aujourd’hui un écho explicite dans le discours officiel. Le décret-loi 128/2025 sur la promotion de l’agroécologie, entré en vigueur en septembre 2025, inscrit l’agroécologie comme levier stratégique de souveraineté alimentaire, de préservation des écosystèmes et de protection de la santé publique.

Ce texte marque une inflexion importante, puisque l’État ne se présente plus seulement comme planificateur et distributeur, mais aussi comme facilitateur d’une transition visant à renforcer l’autonomie en intrants, la relocalisation productive et la résilience territoriale.

Source The Conversation

cuba,agriculture

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15/08/2025

BRICS+ Cuba, une île qui se réinvente au cœur du Sud Global

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L’intégration de Cuba aux BRICS+ en tant que « partenaire officiel » marque une rupture historique. Soumise à un blocus économique renforcé, l’île caribéenne transforme aujourd’hui cette contrainte en levier stratégique. En misant sur ses capacités logistiques, son expertise médicale, et une volonté affirmée de dynamiser et développer son industrie, son agriculture et sa sécurité alimentaire, elle s’insère dans un réseau de coopération Sud-Sud.

Cuba l’a compris : dans un monde multipolaire en gestation, les BRICS sont déjà la partie émergée d’un basculement global.

Depuis plus de 60 ans, l’île socialiste subit un blocus économique imposé par les États-Unis, aggravé par 243 nouvelles sanctions sous Donald Trump, dont la réinscription sur la liste des États soutenant le terrorisme. Ce durcissement a asphyxié les circuits financiers, limité les importations de carburant et freiné les investissements étrangers. Pourtant, loin de céder, La Havane a discrètement bâti une diplomatie de résilience.

Sortir de l’étau par une stratégie de repositionnement

L’adhésion de Cuba dans la famille élargie des BRICS+ est l’aboutissement de cette stratégie. Elle permet au pays de contourner les sanctions en rejoignant un écosystème économique alternatif, fondé sur l’usage des monnaies nationales et le financement de projets via la Nouvelle Banque de Développement (NDB). L’île ne demande pas la permission : elle entre par la grande porte, avec le soutien actif de la Chine, de la Russie et du Brésil.

Cuba a saisi l’opportunité offerte par les BRICS+ pour sortir de l’isolement et se repositionner dans un monde en recomposition. L’organisation incarne la volonté majoritaire d’autonomie, de coopération équitable et de souveraineté économique. Et Cuba entend y jouer un rôle actif.

Hub logistique, santé, relance industrielle et souveraineté alimentaire

Le port de Mariel, modernisé avec l’aide du Brésil et de la Russie, est au cœur de la nouvelle ambition cubaine. Situé à un carrefour stratégique, il est destiné à devenir un hub logistique entre l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie. Un projet de ligne ferroviaire de fret vers l’Amérique centrale est à l’étude, renforçant cette vocation régionale.

Mais Cuba ne veut pas se limiter au transit. Elle ambitionne de dynamiser et développer son industrie, aujourd’hui affaiblie, notamment dans l’agroalimentaire, les matériaux de construction et la production pharmaceutique et agricole. Ce redéploiement se heurte à un obstacle majeur : la crise énergétique. Le réseau électrique, vétuste et dépendant des importations, freine l’industrialisation. Un plan de modernisation de 1,2 milliard de dollars, financé par la NDB, vise à développer les énergies renouvelables, avec transfert de technologies depuis la Chine notamment.

La santé reste un levier d’influence majeur. Le programme Medicos, relancé sous le label BRICS, prévoit l’envoi de professionnels vers l’Afrique de l’Ouest et l’Asie du Sud-Est. Les vaccins cubains, produits localement, seront distribués via un consortium multilatéral, avec des essais conjoints menés avec l’Inde. En parallèle, Cuba participe à 17 projets pilotes dans des petits États insulaires en développement (PEID), allant de la télémédecine au diagnostic par intelligence artificielle.

Enfin, deux axes agricoles stratégiques émergent. D’une part, un partenariat avec la Biélorussie prévoit la création d’une coentreprise pour la fabrication et l’entretien de matériel agricole. D’autre part, une coopération renforcée avec le Vietnam vise à sécuriser l’approvisionnement en riz, à travers des transferts de semences, des techniques de culture adaptées au climat cubain et des accords de stockage stratégique.

Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de souveraineté alimentaire, essentielle pour un pays encore fortement dépendant des importations.

La diplomatie du savoir-faire cubain

Depuis les années 1960, Cuba a fait de la santé et de l’éducation les piliers de sa diplomatie. Malgré les sanctions, l’île a formé des milliers de médecins, développé des vaccins innovants et exporté son expertise dans plus de 60 pays. Aujourd’hui, cette stratégie trouve un nouveau souffle dans le cadre des BRICS+, où La Havane devient un acteur clé de la coopération médicale Sud-Sud.

Source Liberté Actus

12:08 Publié dans Actualités, AL-Pays : Cuba, Economie | Tags : cuba, brics | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

18/06/2025

« La Chine doit apporter une aide plus substantielle à Cuba »

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Face à l’asphyxie économique, Cuba pourrait-elle enfin entrevoir une voie de sortie  ? Dans un monde en recomposition, où la Chine défie l’hégémonie du dollar et où les BRICS+ gagnent en influence, l’île socialiste cherche à briser l’isolement. Entretien avec Salim Lamrani, Professeur des universités en histoire de l’Amérique latine, spécialiste de Cuba.

Cuba se trouve dans une situation particulière. Une « course contre le temps » pourrait-on dire. Asphyxiée depuis plus de soixante ans par le blocus américain, l’île socialiste a vu ses marges de développement industriel et commercial drastiquement réduites. La toute-puissance du dollar a longtemps interdit toute alternative, même pour ses partenaires les plus proches.

Mais le monde change. Cuba est devenue partenaire officiel des BRICS+. La dédollarisation avance, lentement mais inexorablement. La Chine s’affirme chaque jour un peu plus face à Washington. Le peuple cubain a fait preuve d’un courage et d’une endurance remarquables. La question peut désormais se poser : une fenêtre stratégique est-elle ouverte pour – enfin – briser l’isolement de l’île socialiste ?

Quel est l’état actuel des relations entre Cuba et la Chine ?

Les relations entre les deux pays sont excellentes. Cuba a été le premier pays d’Amérique à reconnaître la Chine Populaire en 1960, en établissant des relations diplomatiques malgré les pressions des États-Unis. Dès l’avènement de la Révolution cubaine en 1959, le gouvernement de Fidel Castro a milité pour que la Chine soit admise comme membre permanent des Nations unies, même s’il a fallu attendre 1971 pour que cela devienne réalité.

La Chine est un partenaire politique majeur de Cuba. Il existe des liens solides entre les deux pays. Pékin et La Havane partagent une vision commune d’un monde multipolaire fondé sur le droit international. Cuba, comme une grande partie de la communauté internationale, a toujours défendu le principe d’une seule Chine. De son côté, la Chine a constamment soutenu l’indépendance de Cuba et a dénoncé les agressions répétées de la part des États-Unis, notamment les sanctions économiques anachroniques, cruelles et illégales imposées depuis 1960.

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire économique de Cuba, représentant plus de 20 % des échanges commerciaux de l’île. Cuba importe des biens de consommation, tels que des vêtements, de l’électroménager, ainsi que des produits technologiques et électroniques et des machines industrielles. La Chine a notamment investi dans la Zone de développement de Mariel, dans les télécommunications et les infrastructures routières. Cuba, pionnière en biotechnologie médicale, a également conclu des partenariats dans ce domaine avec la Chine.

Après plusieurs années de stagnation, les échanges commerciaux ont augmenté de façon substantielle l’année dernière : les exportations chinoises vers Cuba ont augmenté de 45 %, atteignant 75 millions de dollars, tandis que les exportations cubaines vers la Chine ont bondi de 80 %, totalisant 30 millions de dollars. Ces chiffres restent cependant inférieurs à ceux de 2017. Sur le plan touristique, un premier vol direct avec Air China a été inauguré en 2024, entraînant une hausse de 50 % du nombre de touristes chinois.

Depuis 2017, la coopération sino-cubaine a permis la construction de centrales photovoltaïques et le lancement des kits solaires « Made in Cuba ». Pensez-vous que cette initiative est un premier pas vers une aide au développement industriel plus large ?

Plusieurs parcs solaires sont effectivement en construction à Cuba, une cinquantaine en 2025, et une centaine prévue d’ici à 2028. L’objectif est de répondre à la grave crise énergétique que traverse l’île, incapable de moderniser ses centrales thermoélectriques en raison des sanctions économiques étasuniennes. Par exemple, Cuba ne peut acheter les pièces de rechange nécessaires au remplacement de son matériel obsolète.

De mon point de vue, l’aide apportée par la Chine reste insuffisante. Il faudrait construire dès maintenant 150 parcs solaires. Un grand pays comme la Chine dispose des ressources matérielles et financières pour permettre à Cuba de résoudre son problème d’approvisionnement énergétique, qui a de lourdes conséquences sur le bien-être de la population. La Chine propose les tarifs les plus compétitifs, les délais de réalisation les plus courts et les prêts les moins coûteux, sans contrepartie politique, contrairement au Fonds monétaire international.

Cuba compte environ 9 millions d’habitants. Pour un géant démographique comme la Chine, c’est l’équivalent d’une ville comme Xi’an, seulement la dixième la plus peuplée du pays. La Chine est donc en mesure de fournir un soutien substantiel à Cuba.

En raison de la politique hostile des États-Unis, qui ont inscrit Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme, près d’une centaine d’institutions bancaires internationales ont rompu leurs liens avec l’île. Celle-ci a un besoin vital de financements. La Chine devrait lui accorder un prêt substantiel à taux zéro sur cinquante ans afin de répondre aux besoins fondamentaux du peuple cubain. Cuba, qui a toujours été solidaire avec tous les peuples en lutte pour leur émancipation, mérite à son tour d’être soutenue. Une grande révolution, comme la Révolution chinoise, est capable de fournir ce concours matériel et financier.

Depuis 2025, Cuba est membre à part entière des BRICS. Que peut-elle apporter à cette organisation ?

Cuba est d’abord et avant tout une puissance morale et symbolique, ayant su résister sans fléchir à l’impérialisme étasunien. Malgré l’état de siège économique implacable qui l’étouffe, Cuba n’a jamais renoncé à ses principes, ce qui lui confère un grand prestige dans le monde, en particulier dans le Sud global. Son adhésion aux BRICS est un honneur pour cette institution multipolaire, car l’île a toujours défendu des valeurs fondamentales telles que la souveraineté nationale, la réciprocité, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la diplomatie.

Cuba est également une puissance médicale ayant établi une coopération avec plus d’une cinquantaine de pays. Elle dispose d’un personnel médical abondant et hautement qualifié, avec 8 médecins pour 1 000 habitants, près de trois fois plus qu’en France, par exemple.

Depuis les années 1960, Cuba exporte ses services médicaux et possède une vaste expérience dans ce domaine. On peut citer la Brigade Henry Reeve, composée de 500 médecins spécialisés dans les situations d’urgence : Cuba est intervenue en Haïti après le séisme, en Afrique durant la crise de l’Ebola, et même en Europe lors de la pandémie de Covid-19. Actuellement, plusieurs centaines de médecins et d’autres professionnels de santé travaillent en Italie.

L’École latino-américaine de médecine forme des étudiants du monde entier depuis près de trois décennies, avec environ 5 000 diplômés par an. Cuba dispose également d’un secteur de biotechnologie médicale de très haut niveau, ce qui lui a permis de développer des médicaments innovants comme le vaccin contre le cancer du poumon (Cimavax), des traitements contre le diabète, ainsi que plusieurs vaccins contre le Covid-19.

 
 

18:01 Publié dans AL-Pays : Cuba, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

30/12/2024

Vers une transition énergétique innovante, un partenariat solaire au service de la durabilité entre Cuba et la Chine

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Depuis début 2024, l'île a installé près d'un million de panneaux photovoltaïques chinois et prévoit d'en installer 3,6 millions de plus d'ici deux ans, selon les autorités

Face à une crise énergétique chronique et sous l’étau du blocus économique américain, Cuba s’est tourné vers la Chine pour développer son potentiel en énergies renouvelables. Une coopération technologique et stratégique qui redessine les contours de l’indépendance énergétique et de la solidarité internationale.

Un modèle énergétique à bas-carbone

Cuba panneau 2.jpgCuba, frappé par des coupures de courant récurrentes, a dû trouver une solution rapide pour éviter une crise énergétique majeure. Le blocus économique américain, en augmentant les coûts d’importation des technologies de pointe, complique l’accès à des systèmes énergétiques modernes. C’est en ce sens que l’arrivée de la Chine comme partenaire technologique est cruciale.

Le gouvernement cubain investit aujourd’hui massivement dans des projets d’énergie solaire avec l’aide de la Pékin. Ce partenariat repose sur des transferts de technologie, la fourniture de matériaux et la formation des techniciens locaux. Les centrales solaires installées permettent d’économiser annuellement 18 000 tonnes de carburant et produisent jusqu’à 60 000 kWh d’électricité par jour, réduisant significativement la dépendance aux combustibles fossiles.

Une coopération technologique et sociale

Ce programme ambitieux montre combien la Chine est importante dans le développement des énergies renouvelables à l’échelle internationale. Au-delà de l’aspect technique, la coopération sino-cubaine met en avant une approche inclusive et pragmatique. La Chine ne se contente pas de fournir des infrastructures : elle partage aussi son expertise. Des formations intensives ont été organisées pour permettre aux techniciens cubains de maîtriser l’installation et la maintenance des systèmes solaires, renforçant ainsi leur autonomie.

Par ailleurs, l’initiative du kit solaire « Made in Cuba » illustre l’approche locale du projet. Assemblé à partir de composants importés de Chine, ce kit vise à électrifier des milliers de foyers pour un coût compris entre 150 et 200 dollars seulement. Ces efforts contribuent à améliorer la vie quotidienne des Cubains tout en stimulant l’économie locale.

En misant sur une vision commune de la durabilité et de l’équité énergétique, Cuba et la Chine répondent ensemble à des enjeux globaux tout en stimulant leur développement mutuel..

Chiffres clés

3,5 milliards USD : montant investi par Cuba sur 15 ans dans les énergies renouvelables.

24 % : part d’énergies renouvelables visée dans le mix énergétique d’ici à 2030.

1 500 watts : capacité des kits solaires cubains à bas coût assemblés localement.

Innovations techniques


Panneaux solaires monocristallins : rendement énergétique jusqu’à 22 %.

Onduleurs hybrides : conversion optimale du courant pour des systèmes connectés.

Batteries lithium-ion : stockage de 5 à 20 kWh pour une utilisation adaptée aux besoins domestiques.


Dates clés


2016 : Déclaration des objectifs énergétiques cubains avec un accent sur les énergies renouvelables.

2017 : Signature des premiers accords de coopération énergétique sino-cubaine.

2018 : Construction des premières centrales photovoltaïques avec des technologies chinoises.

2023 : Début de l’initiative des kits solaires « Made in Cuba ».

2023-2024 : Initiative des kits solaires domestiques.

Source Liberté Actus

Pour aller plus loin : Histoire et Société - La technologie photovoltaïque chinoise et Cuba

12:04 Publié dans AL-Pays : Cuba, Economie, Environnement | Tags : cuba, chine, panneaux phltaiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg