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12/01/2026

L'AMÉRIQUE LATINE TRAVERSE UNE PÉRIODE QUI DÉMENT LE DISCOURS TRIOMPHALISTE DE LA DROITE RÉGIONALE. LA DROITE EST EN CRISE

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Les peuples d’Amérique latine disent « ça suffit » et contestent l’influence persistante de l’extrême droite. Ce qui se passe dans la région est un avertissement : si la droite revient au pouvoir avec des mesures d’austérité, un contrôle social et l’érosion des droits, le conflit sera inévitable. L’histoire récente l’a déjà démontré.
Le retour en force de la droite sur le continent est éphémère.
 
L’Amérique latine traverse une période qui dément le discours triomphaliste de la droite régionale. Là où les gouvernements conservateurs promettaient « l’ordre », la « stabilité » et la « confiance dans les marchés », émergent aujourd’hui des soulèvements populaires, des crises de gouvernance et un rejet social. La Bolivie, l’Argentine et l’Équateur sont autant de manifestations d’un même phénomène : des plans d’ajustement imposés d’en haut qui se heurtent à des sociétés et des peuples las de payer pour des crises qu’ils n’ont pas provoquées.
 
En Bolivie, la tentative de rétablir un modèle néolibéral par des moyens institutionnels et judiciaires se heurte à une vive mémoire populaire. Le peuple bolivien n’a pas oublié que l’austérité, la répression et la privatisation des ressources stratégiques au profit du capital transnational ont déjà été mises en œuvre, et rejetées, dans un passé récent. Les tensions sociales actuelles révèlent que sans légitimité populaire, la stabilité est impossible et que tout projet qui ignore le rôle central des droits autochtones, populaires et territoriaux est voué à un conflit perpétuel et à l’échec.
 
En Argentine, l’expérience d’extrême droite menée par Javier Milei révèle son vrai visage : choc économique, érosion des salaires, coupes drastiques dans les dépenses sociales et offensive culturelle contre les droits chèrement acquis. Le résultat n’est pas la prospérité, mais plutôt un appauvrissement accéléré, des manifestations de masse et un effondrement institutionnel manifeste. La scierie n’a jamais touché aux privilèges d’aucune élite : elle a sabré dans les retraites, la santé, l’éducation et l’emploi, sur fond de graves allégations de corruption impliquant la famille présidentielle et de persécution acharnée de tous ses opposants. Face à cela, la rue est une fois de plus le lieu où le peuple fixe les limites.
 
Le cas de l’Équateur est tout aussi révélateur. Le gouvernement du banquier Daniel Noboa, incapable de résoudre la crise sociale, a choisi de militariser le conflit, de décréter l’état d’urgence et de restreindre les libertés face au rejet populaire de la suppression des subventions aux carburants et de l’expansion des industries extractives. L’histoire est bien connue : lorsque la force est la seule réponse au mécontentement, il devient évident que le problème n’est pas d’ordre sécuritaire, mais bien lié au modèle économique. La répression ne remplace ni le consensus ni la volonté de la majorité ; elle ne fait que repousser et aggraver la crise.
Ces processus expriment l’épuisement rapide du projet néolibéral dans sa version autoritaire, qui a de plus en plus besoin de la coercition et de l’instauration de la peur comme pouvoir occulte, car il ne peut plus offrir le bien-être et n’a plus rien à offrir au peuple que des miettes.
 
La droite latino-américaine, sous toutes ses formes, gouverne pour les marchés, jamais pour le peuple. Et cela, dans des sociétés marquées par les inégalités, constitue intrinsèquement une formule instable. La grande question est de savoir si la gauche saura renouer avec le peuple, surmonter sa honte idéologique et de classe, et oser, cette fois, mener à bien les transformations promises, afin de ne pas retomber dans les travers de l’extrême-droite.
 
Le Chili n’échappe pas à ce cycle. Bien que le néolibéralisme y soit présenté comme institutionnel et modéré, les tensions sous-jacentes demeurent les mêmes : salaires insuffisants, dette chronique, privatisation des services essentiels et des droits sociaux, précarité de l’emploi et démocratie limitée par un pouvoir économique qui corrompt tout sur son passage.
Ce qui se passe dans la région est un avertissement : si la droite revient au pouvoir avec des mesures d’austérité, un contrôle social et une érosion des droits, un conflit sera inévitable. L’histoire récente l’a déjà démontré.
La question qui se pose au Chili n’est pas de savoir s’il y aura un conflit, car il est clair que, compte tenu des annonces de coupes budgétaires, de licenciements massifs, de l’érosion des droits acquis et de l’impunité dont jouissent les auteurs de violations des droits humains, le mécontentement va s’accroître. La question est donc de savoir quel projet politique sera capable de canaliser ce mécontentement vers une solution démocratique et populaire, et quel rôle la gauche y jouera.

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L’Amérique latine nous apprend que les peuples n’acceptent pas indéfiniment des gouvernements qui les oppriment. Elle nous enseigne aussi une leçon plus profonde : lorsque la politique se coupe du quotidien de la majorité, la rue reprend possession de l’espace abandonné par les institutions.
 

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Daniel Jadue. Architecte et sociologue. Santiago.
El siglo, 28 décembre 2025.
(*) Daniel Jadue : Membre du comité central du PC Chilien, Jadue est élu maire de Recoleta, une commune pauvre d'environ 150 000 habitants dans la banlieue nord de Santiago, avec 41 % des voix et prend ses fonctions le 6 décembre 2012. Il est réélu en 2016 puis de nouveau en 2021. C'est dans cette ville qu'il crée en octobre 2015 la première pharmacie populaire du pays, permettant de faire chuter les prix des médicaments de 30 % à 50 % (trois entreprises exerçant traditionnellement un oligopole sur ce marché au Chili). Plus de cent cinquante municipalités ont à leur tour adopté ce système. Il élargit progressivement l’initiative en créant une « optique populaire » (avril 2016), une « immobilière populaire » (janvier 2018), une « université ouverte » (novembre 2018), une « librairie populaire » (janvier 2019), ainsi qu'un « magasin de disques populaire » (avril 2019). Il est réélu pour un deuxième mandat en 2016 (56 % des voix), puis pour un troisième mandat en 2021 (64 %).
Il est le candidat du Parti communiste aux primaires de la gauche pour l'élection présidentielle de 2021 mais est battu par Gabriel Boric, qui représente le Front large. Sa défaite, alors qu'il était l'un des favoris de l'élection présidentielle, rassure les marchés financiers. Sa candidature rencontre également l'hostilité des médias chiliens.

31/03/2025

Entre Cuba et l’Assemblée André Chassaigne ne s’arrête pas

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Et il continue sa lutte ! Le 25 mars, André Chassaigne a prononcé sa dernière intervention à l’Assemblée nationale en tant que président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Pilier du Parti communiste français, il quitte l’hémicycle, mais pas le combat. À Montpellier, quelques jours plus tôt, il partageait encore son engagement avec militants et citoyens, et réaffirmait sa solidarité indéfectible avec Cuba.

Il a énormément contribué à l’activité communiste au Parlement en alliant aux députés communistes une diversité de députés ultramarins, de la Nouvelle-Calédonie à Tahiti en passant par la Guyane et la Réunion.

 

Il quitte son rôle de député pour retrouver celui d’adjoint au maire à Saint-Amant-Roche-Savine, village dont il fut longtemps le maire. Surtout, il continue ses luttes, nos luttes. Il l’a affirmé avec tranquillité.

Son départ du Parlement marque une transition, non une retraite : André Chassaigne reste un pilier de la lutte pour le progrès social et la souveraineté des peuples, pour le socialisme à la française, la paix et le désarmement.

Plutôt qu’un meeting, une rencontre

Quelques jours plus tôt, le 21 mars, il était à Montpellier pour l’une de ses dernières rencontres en tant que député avec les citoyens et les communistes. Mais peut-on parler de meeting quand un élu de la nation s’adresse avec tant de fermeté - bonhomme d’abord, et avant tout fraternel - au public  ? Il sait mettre en avant tous les facteurs d’espoir, malgré la situation terrible que traverse le monde. Consacrant l’essentiel au dialogue à la rencontre, à l’organisation des luttes du lendemain. La salle à l’unanimité a vécu un beau moment de solidarité. Qu’il en soit, ici, remercié.

Chassaigne Cuba livre.jpgC’est devant plus de 100 personnes captivées, qu’il a exposé, actualisé autant que possible, l’essentiel du contenu de son livre Cuba, une étoile dans la nuit. En fin de séance, il en a dédicacé 43, ce qui – me semble-t-il – est un joli score et permettra à des dizaines de personnes de développer leurs propres argumentations. Les trois associations de solidarité héraultaises à Cuba étaient coorganisatrices de la rencontre.

Il a aussi annoncé qu’il assumera la responsabilité de la campagne nationale de solidarité du Parti communiste français avec Cuba. Avec toute la passion qu’on lui connaît pour l’île socialiste, pour son peuple et ses luttes, il a aussi confirmé que c’est un communiste qui lui succédera à la présidence du groupe parlementaire d’amitié « France Cuba ».

Cuba, une étoile dans la nuit - La lutte du peuple cubain contre un blocus criminel.
Pour toute commande, soit dans toute bonne librairie, soit directement auprès de la maison d’édition Le temps des cerises. 20 Euros

Devant le buste de Marti à Montpellier

Montpellier est une des rares villes de France à honorer Marti, révolutionnaire majeur de Cuba et de l’Amérique latine. Une belle statue de bronze. C’est donc au pied de cette œuvre que s’est terminée la rencontre d’André Chassaigne à Montpellier. Les héraultais amis de Cuba ont l’habitude de s’y retrouver chaque 26 juillet.
Ce moment d’émotion rappelle la longue histoire du combat contre l’impérialisme US, sans lequel il serait impossible de comprendre l’incroyable résistance d’un peuple.

Source Liberté Actus

 

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04/02/2025

Lettre ouverte de Gustavo Petro, président colombien, à Donald Trump

Colombie, Trump, Prsident

Lettre ouverte de Gustavo Petro, président colombien, à Donald Trump, qui a eu un énorme succès en Colombie et en Amérique Latine.
 
"Trump, je n'aime pas trop voyager aux États-Unis, c'est un peu ennuyeux. Mais j'avoue qu'il y a des choses louables. J'aime aller dans les quartiers noirs de Washington, où j'ai vu une bagarre entre noirs et latinos avec des barricades. Ce qui me semblait absurde, parce qu'ils devraient s'unir ensemble.
J'avoue que j'aime bien Walt Whitman, Paul Simon, Noam Chomsky et Henry Miller.
J'avoue que Sacco et Vanzetti, qui ont mon sang, sont mémorables dans l'histoire des USA et je les suis. Ils ont été, condamnés à la chaise électrique, assassinés par les dirigeants fascistes des USA.
Je n'aime pas votre pétrole, Trump. Vous allez anéantir l'espèce humaine à cause de votre avidité. Peut-être qu'un jour, autour d'un verre de whisky, que j'accepterais malgré ma gastrite, on pourra en parler franchement. Mais c'est difficile car vous me considérez comme une race inférieure. Ce que je ne suis pas, ni aucun colombien.
Donc, si vous connaissez quelqu'un qui est têtu, c'est moi. Point final. Vous pouvez essayer de réaliser un coup d'État contre moi, avec votre force économique et votre arrogance. Comme vous l'avez fait avec Salvador Allende, au Chili. Mais je mourrai sans peur. J'ai déjà résisté à la torture et je vous résisterai.
Je ne veux pas d'esclavagistes à côté de la Colombie. On en a eu beaucoup et on s'en est libérés. Ce que je souhaite, à côté de la Colombie, ce sont les amoureux de la liberté. Si vous ne pouvez pas m'accompagner sur ce terrain, nous vous quitterons. La Colombie est le cœur du monde et vous n'avez pas compris que, c'est la terre des papillons jaunes, de la beauté des Remedios, mais aussi des Aureliano Buendía (résistant du roman de "Cent ans de solitude" de Federico Garcia Marquez, figurant un personnage qui se lève contre l'oppression), dont je suis l'un des représentants, comme tous les colombiens.
Vous allez peut-être me tuer, mais je survivrai dans mon peuple, qui existait avant le vôtre, en Amérique. Nous sommes des peuples des vents, des montagnes, de la mer des Caraïbes et de la liberté.
Vous n'aimez pas notre liberté ?! OK, je ne vous serre pas la main car je ne serre pas la main des esclavagistes blancs. Je serre la main des héritiers libertaires blancs d'Abraham Lincoln et des fermiers noirs et blancs des États-Unis. Sur les tombes desquels j'ai pleuré et prié, sur un champ de bataille que j'ai atteint après avoir parcouru les montagnes de la Toscane italienne et après avoir été sauvé du Covid.
Ils sont les vrais États-Unis et devant eux je m'agenouille, mais devant personne d'autre.
Renversez-moi, Président Trump. Les Amériques, toutes entières, et l'humanité vous répondront.
La Colombie arrête maintenant de regarder vers le nord (ndr/ Les États-Unis), et regardera vers le monde. Notre sang vient de loin avec une longue histoire, du sang du califat de Cordoue, des latins romains, de la méditerranée, de la civilisation de cette époque, qui a fondé la République, la Démocratie à Athènes. Notre sang vient de la Résistance des noirs. Ces combattants sont devenus esclaves de votre fait. Mais la Colombie a été le premier territoire libre de l'Amérique, bien avant George Washington, de toute l'Amérique. Je me réfugie dans ses chants africains.
Ma terre est composée d'orfèvres qui travaillaient au temps des pharaons égyptiens et des premiers artistes au monde à Chiribiquete.
Vous ne nous gouvernerez jamais.
Le guerrier qui a chevauché nos terres en clamant la Liberté s'appelle Bolivar et s'oppose à vous.
Notre peuple est un peu craintif, un peu timide. Il est naïf et gentil, aimant, mais il saura comment gagner le canal de Panama, que vous nous avez pris avec violence. Deux cents héros de toute l'Amérique latine se trouvent à Bocas del Toro, le Panama d'aujourd'hui, anciennement Colombie, que vous avez assassiné.
Je lève un drapeau. Et, comme l'a dit Jorge Eliécer Gaitán, même s'il reste seul, il continuera d'être hissé avec la dignité latino-américaine qui est la dignité de l'Amérique. Ce que votre arrière grand-père ne connaissait pas, le mien l'a fait, monsieur le président.
Votre blocus ne me fait pas peur, car la Colombie, en plus d'être le pays de la beauté, est le cœur du monde. Je sais que vous aimez la beauté comme moi. Ne lui manquez pas de respect et donnez-lui votre douceur.
A partir d'aujourd'hui, la Colombie est ouverte au monde entier, avec les bras ouverts. Nous sommes des bâtisseurs de liberté, de vie et d'humain.
On m'informe que vous imposez un tarif de 50% sur les fruits de notre travail humain pour entrer aux États-Unis. Je fais de même : 50% sur tous vos produits.
Notre peuple plantera du maïs en Colombie et nous nourrirons le monde."
 
Gustavo Petro, président de la République de Colombie

20:05 Publié dans AL-Pays : Colombie, Politique | Tags : colombie, trump, prsident | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

27/12/2024

« Construire le socialisme à 150 kilomètres des États-Unis, voilà notre malheur, notre défi, notre fierté » : à Cuba le difficile quotidien face à la crise économique

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Pénuries, coupures d’eau et d’électricité, la Grande Île connaît les plus graves difficultés économiques de ces dernières décennies. Le blocus que subit la population depuis 1962 et les mesures de rétorsion prises par Donald Trump lors de son premier mandat impactent durablement les habitants qui parlent de solidarité, de craintes pour l’avenir et d’exil.

 

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Vinales, Playa Larga, Trinidad, Santa Clara, Soroa, La Havane (Cuba), correspondance particulière.

Près du bohio des charbonniers qui partagèrent avec Fidel Castro le premier réveillon de la révolution, un immense palmier, tout du long jeté à terre, tente de se redresser au « ciénaga » de Zapata. Derrière cette image exotique, Cuba vit veines ouvertes avec une économie effondrée. La société résiste, comme David, paysan à Vinales : « Il nous a fallu cinq siècles pour devenir les maîtres chez nous. Construire le socialisme à 150 kilomètres des États-Unis, voilà notre malheur, notre défi, notre fierté. »

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Le blocus creuse des plaies. Le plus long, le plus injuste, le plus cruel de l’histoire, qui a été maintenu en 2016, sous la présidence de Barack Obama, malgré le rétablissement des relations, aggravant l’étranglement financier de l’île. Il a été durci par son successeur, Donald Trump (243 mesures de plus pendant la pandémie), et les blessures sont désormais béantes : un change officiel de 120 pesos pour 1 euro, 320 pesos au marché noir, une forte inflation, de nombreuses coupures d’électricité et d’eau, un manque de combustible, de gaz et de pièces de rechange.

Les caisses sont vides

Entre deux pannes de courant, les familles cuisinent au charbon. Marcelo, un guide touristique, constate que « le blocus veut nous ramener à l’âge de pierre. Nous venons de réunir les assemblées des comptes rendus de mandat des députés. Là comme dans les réunions du parti, on entend que s’il faut retourner à la Sierra Maestra on y retournera ».

Un bateau de gaz domestique est resté à quai pendant quinze jours, car l’État n’avait pas les moyens de payer. Nelson, pédiatre à la polyclinique de Playa Larga, raconte : « Nous manquons de fil de suture, de pharmacie de base. Cuba produisait 80 % de ses médicaments. Depuis Trump, on ne peut plus importer de molécules. Nos patients mouraient, faute de respirateurs. Nourrir la population et créer les vaccins ont absorbé les réserves de l’État. Les caisses sont vides. »

Avant la pandémie, le panier de la libreta (une aide subventionnée pour tous les foyers) assurait chaque mois, à chacun, 3 kg de riz, 3 kg de cassonade, 2 kg de sucre blanc, 1 kg de haricots, 6 œufs, 1 litre d’huile pour trois personnes, du sel, du tabac, contre la somme de 300 pesos. Pendant l’épidémie s’y sont ajoutés des suppléments de riz, de haricots, des sardines. Début décembre, à Cienfuegos, à Pinar del Rio, à Trinidad, 1 kg de riz et 2 kg de sucre par personne avaient été livrés. La fourniture du litre de lait, pour chaque enfant jusqu’à ses 7 ans, accuse parfois plusieurs jours de retard.

Une autre source de frustration pour les Cubains provient des inégalités nées avec la création des micro, petites et moyennes entreprises (les Mipymes). Elles échappent au blocus, importent des produits pour le secteur touristique et la construction. Le gouvernement a accéléré leur création pour garantir l’arrivée de marchandises. Problème : sur le marché, tout ou presque est disponible, à des prix prohibitifs. Amado, vétéran du parti, explique : « Ce peuple est égalitaire et ne supporte pas les inégalités. Elles étaient gommées tant que l’État garantissait la subsistance, la santé, l’éducation, la culture. »

Au comité central du Parti communiste, la responsable du secteur Europe déclare : « Nous vivons dans une économie déformée, une économie de guerre. Nous prenons des mesures, toujours en urgence. Elles ne nous plaisent pas forcément, mais sont les seules possibles dans l’instant. Il faut sans cesse résoudre, prioriser, rectifier. »

De fréquents attroupements

Dans la presse, les tables rondes à la télévision, le débat est public. Chacun a son idée sur les dysfonctionnements., certains dénoncent « l’unification monétaire en pleine pandémie » ou avancent qu’« il aurait fallu construire des centrales thermiques et le parc photovoltaïque il y a vingt ans » . D’autres proposent d’« augmenter les travailleurs de l’État », « de prioriser le ramassage des ordures car cela affecte la santé et le moral » ou encore « de contrôler davantage les prix, de lutter contre la corruption et la bureaucratie ».

Parfois, des attroupements se forment. « Normal que le mécontentement s’exprime, souligne Anibal, qui entretient à Villa Clara une maison d’hôte. Militants et voisins se précipitent pour calmer, convaincre. Nous ne laisserons jamais la confusion s’installer. On y parvient toujours : les gens veulent plus de socialisme, pas un renversement du régime. »

Le plus frappant reste, visible partout et tout le temps, une énergie vitale pour résister au blocus et aux catastrophes naturelles, décuplées par les changements climatiques. « La situation est critique, reconnaît Gerardo, le chef du réseau d’espionnage Avispa (les cinq de Miami), aujourd’hui président des 238 000 CDR (comités de défense de la révolution). Ce n’est pas dans notre mentalité de subir, de s’asseoir pour se lamenter. Ce qui ne fonctionne pas, nous le réparerons. Personne ne viendra détruire nos conquêtes. »

À la réserve d’orchidées de Soroa, les jardiniers ont effacé les traces du dernier typhon. Ils avaient photographié les dégâts, les pylônes écroulés, aujourd’hui debout. Au jardin botanique de Cienfuegos, leurs collègues travaillent à la machette. Parmi eux, Niurka, la sous-directrice : « L’État ne fournit plus que 80 litres d’essence par mois au lieu de 1 200. La cantine est supprimée. On se serre les coudes, on s’entraide dans la famille, entre travailleurs. Nous nous sentons des grains de sable indispensables, à inventer chacun pour tenir. »

À chaque coupure électrique, les quelques maisons, munies de groupes électrogènes, ouvrent leurs portes aux voisins, venus tirer un fil, recharger le téléphone, réchauffer un plat. Alors que le salaire moyen ne dépasse pas 4 200 pesos (35 dollars), celui d’un enseignant 6 000, 10 000 pour un médecin, 2 500 pour un retraité, chacun vit d’un double emploi. Dans les maisons d’hôte, le gardien de nuit du samedi soir est instituteur ; le barman de l’hôtel, un médecin.

Chaque restaurant a son groupe de musiciens, beaucoup d’enseignants parmi eux. Alejandro, instituteur, affirme : « Dans notre éducation, pour résister, nous avons appris à tout faire. Chanter, c’est être heureux et rendre heureux. Nous chantons à la fin la chanson du Che. Manière de dire qui on est. Rien, personne, ne fera taire notre musique. »

Des départs dans chaque famille

Il existe une souffrance pudique que l’on interroge avec précaution car elle tire inévitablement des larmes. Oliviero : « Quand le dernier de ses amis d’enfance est parti, mon fils m’a dit : « Papa, moi je reste ! » » Dans la majorité des familles rencontrées, un enfant manque. Immigrés économiques, ils envoient colis, groupes électrogènes, devises. Éduqués par la révolution, ils sapent les bases des anticastristes de Floride. « Quand mes voisins reviennent, on s’embrasse et on partage une bouteille de rhum. » En représailles, cruauté du blocus, les États-Unis ont limité les envois de devises et les voyages à Cuba.

À la veille du 66e anniversaire de la révolution, avant le second mandat de Donald Trump, l’île rassemble ses forces. L’Assemblée nationale du pouvoir populaire a voté de nouvelles mesures de « rectification », annoncé des semailles en hausse, une progression du PIB en 2025 et la poursuite de la modernisation des lois. Après plusieurs réformes (économie, Constitution, famille, Code du travail) le débat public va s’ouvrir sur les droits de l’enfant.

Pendant le dernier comité central du Parti communiste, une enquête a révélé qu’une majorité de la population soutient la révolution et son gouvernement. Preuve que la confiance est réciproque, ce dernier en appelle encore et toujours au peuple. 

Le 20 décembre, derrière Raúl Castro, Miguel Diaz Canel, les dirigeants du parti et de l’État, une manifestation monstre de 700 000 personnes a envahi le Malecon de La Havane et l’ambassade des États-Unis pour dénoncer le blocus et réclamer le retrait du pays de la liste des États terroristes. Plus formidablement qu’un typhon.

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12:12 Publié dans ACTUSe-Vidéos, AL-Pays : Cuba, Politique, Société, USA | Tags : cuba, reportage | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg