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04/03/2026

Flottille pour Cuba : « L’Île a toujours fait preuve d’une énorme solidarité internationaliste, aujourd’hui c’est à notre tour de nous mobiliser »

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Plus que jamais asphyxiée par le blocus états-unien, l’île socialiste voit aussi s’amplifier le mouvement de soutien en sa faveur. Un convoi international d’aide humanitaire doit arriver à La Havane le 21 mars, « pour briser l’isolement tant sur le plan matériel que symbolique », explique à l’Humanité David Adler, un des principaux organisateurs de cette initiative.

Après Gaza, une nouvelle flottille internationale s’organise, pour attirer cette fois les regards du monde entier sur la situation de quasi-siège imposée à Cuba. L’Internationale progressiste, une organisation lancée en 2020 par des proches du sénateur socialiste états-unien Bernie Sanders avec pour mission « d’unir, d’organiser et de mobiliser les forces progressistes du monde entier », appelle les militants du continent américain et au-delà à mettre le cap sur La Havane afin de « briser » symboliquement le blocus renforcé par Donald Trump, et qui frappe plus durement que jamais la population de l’île.

Sous la bannière « Notre Amérique – un convoi pour Cuba », une cargaison massive de denrées alimentaires, de médicaments et de biens de première nécessité doit ainsi converger vers la capitale cubaine le 21 mars prochain… Et montrer l’exemple à des gouvernements n’osant pas défier ouvertement Washington.

« L’histoire montre que la solidarité populaire a le pouvoir de redéfinir les possibilités politiques et de contraindre les États à changer de cap », explique à l’Humanité David Adler, à la tête de l’action militante et pour qui Cuba reste l’exemple courageux d’une petite nation du Sud qui refuse de renoncer à sa souveraineté de se soumettre aux diktats de l’empire états-unien. Entretien.

Pourquoi est-il important d’attirer l’attention mondiale sur Cuba en ce moment ?

David Adler, coordinateur général de l’Internationale progressiste

L’île de Cuba est assiégée, et l’accès à la nourriture, au carburant et aux fournitures essentielles à la vie de la population est actuellement encore plus compliquée que d’habitude. Les conséquences de ce siège s’intensifient chaque jour. Il y a peu, un large éventail d’experts de l’ONU a averti que les unités de soins intensifs et les services d’urgence des hôpitaux étaient compromis, tout comme la production, la livraison et le stockage des vaccins et des médicaments.

Sans une action internationale immédiate et concertée, les effets de ce siège pourraient se traduire par une crise humanitaire sans précédent dans notre continent.

C’est pourtant une stratégie d’asphyxie que le gouvernement des États-Unis affiche fièrement…

C’est une politique cruelle, et c’est précisément le but recherché. Trump n’hésite pas à se pavaner devant les journalistes en disant qu’à Cuba « il y a un embargo. Il n’y a pas de pétrole. Il n’y a pas d’argent. Il n’y a rien ».

Face à cette offensive féroce, considérez-vous que la réponse de la « communauté internationale » a été à la hauteur ?

Il est clair qu’elle n’a jusqu’à présent pas répondu aux besoins humanitaires du peuple cubain, et ne s’est pas opposée aux efforts de l’administration Trump pour l’étouffer.

Cet échec est en partie dû à la menace de sanctions secondaires brandie par l’administration trumpiste à l’encontre de tout gouvernement qui oserait briser son blocus énergétique. Mais les peuples du monde savent que nous ne pouvons pas laisser passer ce crime, que nous devons agir maintenant, avec clarté, courage et conviction.

C’est pourquoi nous préparons le convoi « Notre Amérique » vers Cuba, en appelant à un mouvement mondial de solidarité avec le peuple cubain et en fournissant une aide humanitaire essentielle au moment où il en a le plus besoin. Ensemble, nous pouvons briser le siège, sauver des vies et défendre la cause de l’autodétermination cubaine.

Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un blocus qu’elles qualifient de « génocide ». C’est un terme extrêmement fort.

Ce n’est pas un hasard si le renforcement du siège états-unien sur Cuba fait suite au siège israélien sur Gaza. Cela reflète la normalisation de la punition collective en tant qu’instrument de pouvoir accepté. Une fois que la famine, la privation de carburant et l’effondrement des systèmes médicaux sont tolérés dans un contexte donné, ils deviennent des outils disponibles ailleurs, et le siège devient une politique à disposition des puissants.

L’initiative « Notre Amérique » s’inspire de l’action menée par la Global Sumud Flotilla qui s’est dirigée vers Gaza l’année dernière. Quels liens voyez-vous entre ces actions ?

De Gaza à Cuba, le blocus, les sanctions et l’étranglement économique sont utilisés comme des instruments de contrôle impérialiste — pour discipliner les gouvernements, punir la désobéissance et faire des exemples.

En réponse, les citoyens ordinaires ont à la fois le droit et la responsabilité de s’organiser au-delà des frontières pour briser l’isolement, tant sur le plan matériel que symbolique.

C’est la leçon tirée de la Flottille mondiale du Sumud, et j’ai été fier de participer à leur dernière mission en octobre 2025. Notre mission pour Cuba s’appuie sur cette leçon et maintient vivante la flamme de la solidarité internationale à un moment où les forces réactionnaires voudraient plonger le monde dans les ténèbres.

Pour se justifier, l’administration Trump affirme que Cuba représente une « menace extraordinaire » pour les États-Unis.

La réalité c’est que Cuba ne menace d’aucune façon la sécurité militaire des États-Unis. L’unique menace que l’île représente est politique et symbolique : l’exemple d’une petite nation du Sud qui refuse de renoncer à sa souveraineté, qui investit dans la santé publique et le développement social, et refuse de se soumettre aux diktats de Washington.

C’est ce qui les dérange. Et c’est pourquoi la pression s’intensifie, afin d’envoyer un message non seulement à Cuba, mais à tout pays qui affirme sa dignité, ses droits et son indépendance en dehors de la sphère d’influence des États-Unis.

Des experts de l’ONU ont d’ailleurs qualifié le décret présidentiel de Trump de « grave menace pour un ordre international démocratique et équitable ».

Tout à fait, et il ne s’agit pas d’une escalade rhétorique, mais de la défense de principes fondamentaux. Lorsqu’une population entière est soumise à des privations systématiques afin de la contraindre à capituler politiquement, la communauté internationale a le devoir de réagir.

Alors que peu d’États semblent disposés à tenir tête au président des États-Unis, le soutien des peuples peut-il jouer un contrepoids face à l’injustice que subissent les Cubains ?

Il est de notre devoir moral de nous mobiliser dès maintenant et de montrer l’exemple en matière de diplomatie que nous souhaitons voir adopter par les États qui sont censés nous représenter. L’histoire montre que la solidarité populaire a le pouvoir de redéfinir les possibilités politiques et de contraindre les États à changer de cap.

Le convoi que nous organisons est donc à la fois symbolique et pratique. Il affirme clairement que les citoyens ordinaires n’accepteront pas les politiques qui nuisent à la population cubaine, et prouvera que l’action collective peut surmonter les obstacles qui barrent la route l’aide humanitaire.

Un juste retour des choses avec un pays qui a maintes fois prouvé que la solidarité internationale était au cœur de son action politique ?

Depuis des décennies, Cuba a toujours fait preuve d’une énorme solidarité internationaliste, c’est à coup sûr le pays qui peut se targuer d’être le plus engagé au niveau mondial pour aider les autres. De la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud à ses brigades médicales à travers le monde, lorsque survient une crise, le peuple cubain est présent. Il est temps que le monde se mobilise pour lui.

Des organisations de solidarité d’Europe peuvent-elles participer au mouvement que vous avez lancé ?

Cette mission est ouverte aux organisations, syndicats, groupes de la société civile, acteurs humanitaires et bénévoles du monde entier. Il ne s’agit pas d’une organisation ou d’un pays en particulier, mais plutôt de former une coalition internationale fondée sur la solidarité avec le peuple cubain et le respect de ses droits.

Des militants et des groupes du Canada, des États-Unis, du Mexique, du Chili, du Brésil, de Colombie et d’ailleurs sont impliqués, et nous coordonnons activement avec nos partenaires pour soutenir la participation par voie aérienne, terrestre et maritime. Notre objectif n’est pas seulement de livrer des fournitures essentielles, mais aussi d’envoyer un signal fort à l’échelle mondiale pour montrer que le siège contre Cuba ne restera pas sans réponse de la part des peuples du monde.

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01/02/2026

« La musique du peuple ne mourra jamais », Issac Delgado star de la musique cubaine de passage en France

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L’iconique salsero cubain Issac Delgado est de passage en France avec un nouvel album dans ses valises, l’éclatant Mira Como Vengo. L’occasion d’une discussion sur le pouvoir de la salsa et d’un état des lieux sur le renouveau des musiques latino-américaines.

On le surnomme « el Chevere de la salsa » (le plus cool des salseros). Depuis ses débuts dans les années 1980 avec le groupe NG la Banda, Issac Delgado a posé sa voix de velours sur les rythmes les plus complexes et rassemblé les musiciens cubains parmi les mieux brillants pour célébrer la timba, genre dont il est devenu l’emblème.

Ami de deux consciences cubaines, le troubadour Silvio Rodriguez et l’écrivain Leonardo Padura avec lesquels il continue de travailler, compagnon de route du pianiste Gonzalo Rubalcaba ou de la défunte reine Celia Cruz, le musicien arrive en France avec l’album Mira Como Vengo, ode à la musique de sa jeunesse qu’il présente, entouré d’une armada de virtuoses, lors d’une tournée qui fait escale à Toulouse, Lille, Lyon, Limoges ou Paris.

Mira Como Vengo, votre dernier album, frappe par la qualité de ses arrangements et ses sonorités typiques. Était-ce une volonté ?

Ces dernières années, je n’avais sorti que des singles, comme cela se pratique beaucoup ici. Mais je me devais de sortir un album. Les amateurs de musique latine sont aussi collectionneurs de disques et préfèrent posséder un objet physique. J’ai donc réuni tous les styles musicaux qui ont marqué ma carrière.

« Ce qui se passe dans la société a un impact considérable sur la culture et la musique. »

C’est un clin d’œil au son de la musique cubaine des années 1990, très populaire à l’époque. Comme un retour aux sources, mais en restant actuel. Et Mira Como Vengo a été sélectionné pour un Latin Grammy parmi 1 500 albums en compétition, ce qui a contribué à son impact. Il a été considéré comme l’un des meilleurs albums de salsa de l’année.

On appelle « timba » la musique dont vous êtes le porte-voix. Pouvez-vous la définir ?

La timba est avant tout un concept. Il s’agit de musique afro-cubaine contemporaine. À Cuba, il existe un précédent avec le groupe Irakere, mené par Chucho Valdés, qui jouait avec une section de cinq cuivres. C’est avec des membres d’Irakere que nous avons fondé NG la banda en 1987 (groupe qui a lancé la carrière d’Issac Delgado – NDLR). On a créé le terme « timba » pour englober les nombreux rythmes de la musique cubaine.

Qu’écoute aujourd’hui la jeunesse cubaine ?

Ce qui se passe dans la société a un impact considérable sur la culture et la musique. On a vu arriver beaucoup de musiques de Porto Rico, de République dominicaine, de Colombie. Du reggaeton, notamment, et tout ce qu’on appelle la musique urbaine. Ça s’explique selon moi par un facteur économique. Jusqu’au début des années 2000, nous étions encore au sommet. Mais il était devenu beaucoup plus difficile pour le public cubain de venir nous voir, car son pouvoir d’achat avait considérablement diminué.

L’inflation a été terrible, rendant impossible l’achat d’un billet pour nos concerts. Au même moment, il était beaucoup plus facile d’avoir accès aux artistes de musique urbaine. Mais je pense que notre génération n’a pas compris les changements socio-économiques en continuant à jouer pour un public aisé. Nous avons perdu les jeunes. Mais la musique urbaine perd aussi des fans parce qu’elle devient à son tour très chère ! C’est un cercle vicieux.

Gardez-vous espoir que votre musique puisse continuer à conquérir le public ?

La seule chose qui pourra nous sauver, c’est de faire de la bonne musique. Les mêmes personnes qui vont danser sur les musiques urbaines, quand elles me voient jouer, me disent : « Hé, maestro, c’est génial ! » Elles savent faire la différence.

À ce propos, comment percevez-vous le phénomène Bad Bunny, star portoricaine et mondiale de la musique ? Il fait de la musique urbaine mais emprunte énormément à la salsa…

C’est un phénomène social. Bad Bunny vient d’un milieu modeste. Il a compris que ses soutiens puisent dans les valeurs patriotiques en s’appropriant les musiques authentiques de Porto Rico, qui sont aussi les nôtres. Il a réservé ses premiers concerts à son île en concluant un accord avec le ministère du Tourisme, avec un succès retentissant. Tous les hôtels affichaient complet et tous les vendeurs ambulants étaient contents.

Les profits ont été énormes. Il a remis la salsa au sommet de la scène mondiale et Porto Rico sur le devant. Ceux qui font cette musique, qu’ils soient colombiens, péruviens ou portoricains partagent la même recette patriotique. Il faut leur rendre hommage pour ce retour aux sources et la renaissance de notre musique afro-cubaine et latine. C’est la musique du peuple et c’est la raison pour laquelle elle ne mourra jamais. J’apprécie beaucoup ce qu’ils font.

Comment expliquez-vous l’incroyable postérité de la musique cubaine ?

Cuba a longtemps bénéficié d’un avantage sur les autres pays. Les esclaves venaient du Nigeria occidental où l’on pratiquait la religion yoruba. Elle a subsisté à Cuba, avec ses chants. Et à l’époque, Cuba occupait une place si importante dans les Caraïbes que tous les navires français, mais aussi espagnols, y accostaient. La contradanza, une danse de salon issue de la musique française, a été pratiquée ici.

La musique européenne ainsi que la musique créole des îles Canaries ont fortement influencé la musique folklorique cubaine. Puis, plus tard, après la révolution, des professeurs de musique classique arrivés d’Europe de l’Est et de Russie sont devenus nos professeurs. Mon premier professeur de musique était d’ailleurs bulgare et m’a appris le violoncelle. Nous avons reçu tellement d’influences, et tellement de genres ont vu le jour à Cuba…

Vous avez fondé un festival dans la ville de Varadero. Quel en est l’objectif ?

Jusqu’à présent, Varadero c’était surtout la plage et le soleil. Comme j’ai eu la chance d’observer de nombreux festivals en Europe, j’ai voulu y monter un événement, à un prix très accessible pour les Cubains – plus cher pour les étrangers – car beaucoup de grands musiciens viennent de cette région. Le festival se déroule dans le parc Josone qui avait été créé pour les travailleurs de la rhumerie avant la révolution.

J’avais fait la proposition au ministre de la Culture et du Tourisme avant la pandémie, et nous avons pu lancer la première édition en 2017. Cette année, ce sera la sixième. Il s’agit de donner à voir toute la palette de la musique cubaine, du son, du jazz, du rap, de la salsa, sans exclusive.

Mira Como Vengo, d’Issac Delgado, Pias. À Paris, au Trianon, le 5 février, et en tournée en France jusqu’au 15 mars. Toutes les informations sur https://www.znproduction.fr/fr/artistes/issac-delgado

12:50 Publié dans AL-Pays : Cuba, Cuba music, Musique | Tags : issac delgado, cuba | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

29/01/2026

Le rugby à Cuba en développement après un accord avec la France

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Un accord vient d’être signé entre l’organisation de rugby, le Stade Rugby Académie Cuba et le Lycée Français International de La Havane, pour développer un projet soutenu par l’Ambassade de France et l’Institut National des Sports de l’Education physique et Récréative (INDER) de Cuba.
Cet accord bénéficiera à environ 80 jeunes.

Source : Journal JIT

Le nouvel accord de collaboration signé entre le « Stade Rugby Académie Cuba » et le Lycée Français International de La Havane est considéré comme une étape décisive pour le rugby sur l’île.

L’accord vise à renforcer la coopération entre les deux entités afin de continuer à promouvoir ce sport dans les catégories enfants et à la préparation complète des pratiquants.

Cette alliance apporte un soutien institutionnel à un projet soutenu par l’Ambassade de France à Cuba et l’INDER, dans le cadre de la coopération sportive entre la France et Cuba.

L’académie « Stade Rugby Académie Cuba » a été officiellement créée en octobre dernier avec pour objectif de former et de renforcer les futures équipes nationales féminines et masculines de rugby sur l’île.

Sa mission va au-delà du compétitif ; Elle aspire à être un espace d’apprentissage, d’échange et d’inspiration, où des valeurs fondamentales telles que la solidarité, l’esprit d’équipe et le respect de la diversité sont promues.

Elle est également conçue comme un outil pour créer des liens sociaux, briser les barrières et favoriser un fort sentiment d’appartenance parmi ses membres.

L’axe opérationnel de cette initiative est un programme de formation conçu d’au moins deux ans, qui bénéficie actuellement à 80 jeunes âgés de 6 à 16 ans.

Les joueurs s’entraînent trois fois par semaine dans deux sites officiels situés dans les municipalités de La Havane à Habana del Este et Playa.

Les pratiques sont menées sous la supervision d’une douzaine d’instructeurs locaux, qui assurent une formation structurée et régulière.

La formation est complète, car elle se concentre non seulement sur le développement des compétences techniques et tactiques, mais forme également des arbitres pour les compétitions jeunesse et adulte.

Ce programme repose sur une collaboration étroite entre acteurs cubains et français, mobilisée autour d’un objectif commun : soutenir le développement du rugby à Cuba en renforçant les capacités locales, avec une logique d’autonomie et de transmission du savoir.

Avec la signature de cet accord, le Stade Rugby Académie Cuba consolide et réaffirme son engagement à être un pilier fondamental dans la formation de la nouvelle génération de joueurs.

11:52 Publié dans Actualités, AL-Pays : Cuba, Sport | Tags : cuba, rugby | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

12/01/2026

L'AMÉRIQUE LATINE TRAVERSE UNE PÉRIODE QUI DÉMENT LE DISCOURS TRIOMPHALISTE DE LA DROITE RÉGIONALE. LA DROITE EST EN CRISE

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Les peuples d’Amérique latine disent « ça suffit » et contestent l’influence persistante de l’extrême droite. Ce qui se passe dans la région est un avertissement : si la droite revient au pouvoir avec des mesures d’austérité, un contrôle social et l’érosion des droits, le conflit sera inévitable. L’histoire récente l’a déjà démontré.
Le retour en force de la droite sur le continent est éphémère.
 
L’Amérique latine traverse une période qui dément le discours triomphaliste de la droite régionale. Là où les gouvernements conservateurs promettaient « l’ordre », la « stabilité » et la « confiance dans les marchés », émergent aujourd’hui des soulèvements populaires, des crises de gouvernance et un rejet social. La Bolivie, l’Argentine et l’Équateur sont autant de manifestations d’un même phénomène : des plans d’ajustement imposés d’en haut qui se heurtent à des sociétés et des peuples las de payer pour des crises qu’ils n’ont pas provoquées.
 
En Bolivie, la tentative de rétablir un modèle néolibéral par des moyens institutionnels et judiciaires se heurte à une vive mémoire populaire. Le peuple bolivien n’a pas oublié que l’austérité, la répression et la privatisation des ressources stratégiques au profit du capital transnational ont déjà été mises en œuvre, et rejetées, dans un passé récent. Les tensions sociales actuelles révèlent que sans légitimité populaire, la stabilité est impossible et que tout projet qui ignore le rôle central des droits autochtones, populaires et territoriaux est voué à un conflit perpétuel et à l’échec.
 
En Argentine, l’expérience d’extrême droite menée par Javier Milei révèle son vrai visage : choc économique, érosion des salaires, coupes drastiques dans les dépenses sociales et offensive culturelle contre les droits chèrement acquis. Le résultat n’est pas la prospérité, mais plutôt un appauvrissement accéléré, des manifestations de masse et un effondrement institutionnel manifeste. La scierie n’a jamais touché aux privilèges d’aucune élite : elle a sabré dans les retraites, la santé, l’éducation et l’emploi, sur fond de graves allégations de corruption impliquant la famille présidentielle et de persécution acharnée de tous ses opposants. Face à cela, la rue est une fois de plus le lieu où le peuple fixe les limites.
 
Le cas de l’Équateur est tout aussi révélateur. Le gouvernement du banquier Daniel Noboa, incapable de résoudre la crise sociale, a choisi de militariser le conflit, de décréter l’état d’urgence et de restreindre les libertés face au rejet populaire de la suppression des subventions aux carburants et de l’expansion des industries extractives. L’histoire est bien connue : lorsque la force est la seule réponse au mécontentement, il devient évident que le problème n’est pas d’ordre sécuritaire, mais bien lié au modèle économique. La répression ne remplace ni le consensus ni la volonté de la majorité ; elle ne fait que repousser et aggraver la crise.
Ces processus expriment l’épuisement rapide du projet néolibéral dans sa version autoritaire, qui a de plus en plus besoin de la coercition et de l’instauration de la peur comme pouvoir occulte, car il ne peut plus offrir le bien-être et n’a plus rien à offrir au peuple que des miettes.
 
La droite latino-américaine, sous toutes ses formes, gouverne pour les marchés, jamais pour le peuple. Et cela, dans des sociétés marquées par les inégalités, constitue intrinsèquement une formule instable. La grande question est de savoir si la gauche saura renouer avec le peuple, surmonter sa honte idéologique et de classe, et oser, cette fois, mener à bien les transformations promises, afin de ne pas retomber dans les travers de l’extrême-droite.
 
Le Chili n’échappe pas à ce cycle. Bien que le néolibéralisme y soit présenté comme institutionnel et modéré, les tensions sous-jacentes demeurent les mêmes : salaires insuffisants, dette chronique, privatisation des services essentiels et des droits sociaux, précarité de l’emploi et démocratie limitée par un pouvoir économique qui corrompt tout sur son passage.
Ce qui se passe dans la région est un avertissement : si la droite revient au pouvoir avec des mesures d’austérité, un contrôle social et une érosion des droits, un conflit sera inévitable. L’histoire récente l’a déjà démontré.
La question qui se pose au Chili n’est pas de savoir s’il y aura un conflit, car il est clair que, compte tenu des annonces de coupes budgétaires, de licenciements massifs, de l’érosion des droits acquis et de l’impunité dont jouissent les auteurs de violations des droits humains, le mécontentement va s’accroître. La question est donc de savoir quel projet politique sera capable de canaliser ce mécontentement vers une solution démocratique et populaire, et quel rôle la gauche y jouera.

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L’Amérique latine nous apprend que les peuples n’acceptent pas indéfiniment des gouvernements qui les oppriment. Elle nous enseigne aussi une leçon plus profonde : lorsque la politique se coupe du quotidien de la majorité, la rue reprend possession de l’espace abandonné par les institutions.
 

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Daniel Jadue. Architecte et sociologue. Santiago.
El siglo, 28 décembre 2025.
(*) Daniel Jadue : Membre du comité central du PC Chilien, Jadue est élu maire de Recoleta, une commune pauvre d'environ 150 000 habitants dans la banlieue nord de Santiago, avec 41 % des voix et prend ses fonctions le 6 décembre 2012. Il est réélu en 2016 puis de nouveau en 2021. C'est dans cette ville qu'il crée en octobre 2015 la première pharmacie populaire du pays, permettant de faire chuter les prix des médicaments de 30 % à 50 % (trois entreprises exerçant traditionnellement un oligopole sur ce marché au Chili). Plus de cent cinquante municipalités ont à leur tour adopté ce système. Il élargit progressivement l’initiative en créant une « optique populaire » (avril 2016), une « immobilière populaire » (janvier 2018), une « université ouverte » (novembre 2018), une « librairie populaire » (janvier 2019), ainsi qu'un « magasin de disques populaire » (avril 2019). Il est réélu pour un deuxième mandat en 2016 (56 % des voix), puis pour un troisième mandat en 2021 (64 %).
Il est le candidat du Parti communiste aux primaires de la gauche pour l'élection présidentielle de 2021 mais est battu par Gabriel Boric, qui représente le Front large. Sa défaite, alors qu'il était l'un des favoris de l'élection présidentielle, rassure les marchés financiers. Sa candidature rencontre également l'hostilité des médias chiliens.