11/10/2026
Une brèche dans le blocus illégal des États-Unis : le matériel médical envoyé par le PCF est arrivé à destination à Cuba
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28/09/2026
Reportage. Et pourtant, Cuba résiste !

Depuis janvier 2026, plus aucun pétrolier n’accoste à Cuba, ou presque. Dans les immeubles du Vedado plongés dans le noir comme sur les plages de Varadero, nous avons rencontré ceux qui font tenir un pays assiégé. Washington attendait l’effondrement. Il n’est pas venu.
Selon l’administration Trump, une pression économique, financière et énergétique maximale, conjuguée à des attaques politiques et idéologiques et à la menace constante d’une intervention militaire, devait entraîner l’effondrement des institutions cubaines. Ce scénario ne se réalise pas.
Un soir d’apagón (coupure d’électricité) dans le quartier du Vedado, à La Havane, nous discutons pour passer le temps avec José, notre voisin d’immeuble pour quelques jours. Grand sportif, José ne fait pas ses 74 ans. Il demeure pourtant bloqué dans son appartement du troisième étage, sans ascenseur. « Il me faut une opération de la hanche pour changer ma prothèse, nous explique-t-il. Je suis sur une liste d’attente, mais avec le blocus énergétique, les opérations sont repoussées. »
Selon le gouvernement cubain, plus de 100 000 opérations sont en effet ajournées à cause de la situation créée par le blocus énergétique. Celui-ci frappe particulièrement les malades chroniques, dont le traitement est souvent indisponible, les personnes âgées affaiblies, les femmes enceintes qui ont besoin d’un suivi, d’échographies ou d’actes chirurgicaux, ou encore les enfants en bas âge, notamment les prématurés qui ont besoin d’une couveuse, parfois impossible à faire fonctionner sans électricité. Le taux de mortalité infantile a ainsi doublé en trois ans, passant de 4,5 à 9 ‰, ce qui reste inférieur à la moyenne de la région. Ces malades, ces personnes âgées, ces enfants sont des morts évitables, que Cuba sait soigner. Ce sont des morts du blocus.
À l’agression contre le Venezuela a succédé, le 29 janvier, la mise en place de facto d’un blocus énergétique sur Cuba par la Maison-Blanche. Conséquence immédiate : à l’exception d’un pétrolier humanitaire russe fin mars, plus aucun pétrolier n’est arrivé sur l’île, alors qu’il en faudrait au moins sept par mois pour que Cuba fonctionne a minima. Les pays désireux d’acheminer du pétrole sont menacés de droits de douane supplémentaires, voire d’une saisie de leurs navires et de leur cargaison, comme l’ont subi plusieurs bateaux vénézuéliens en décembre et en janvier. Le Mexique, le Brésil, le Venezuela, la Russie ou encore la Chine souhaiteraient vendre du pétrole à Cuba, mais ne peuvent pas le faire pour le moment sans s’exposer à de lourdes représailles. Les panneaux solaires sont aussi visés. Après avoir bloqué de nombreux conteneurs dans des ports des Antilles, la CMA CGM, compagnie française importante pour la desserte de Cuba, a annoncé reprendre ses livraisons pour la nourriture et le matériel médical, à l’exclusion de tout le reste. Ce blocus est donc complet : il ne vise pas seulement le pétrole, mais bien toutes les capacités énergétiques de l’île. C’est un blocus naval, qui constitue en droit international un acte de guerre.
Un pays au ralenti
Ces conséquences sont immédiatement palpables à Cuba. Plus de vingt heures de coupure d’électricité par jour. Les transports publics sont presque entièrement à l’arrêt. Les services de santé sont touchés, faute de pouvoir transporter soignants et patients. Les coupures d’électricité dans les hôpitaux, les centres de santé de quartier, les maternités et les maisons de retraite sont monnaie courante. Les écoles et les universités ne sont pas épargnées, pas plus que la distribution d’eau, dont le pompage et l’acheminement exigent de l’électricité, le ramassage des ordures ou les lieux culturels, dont beaucoup sont fermés. Ce n’est pas à une politique de pression économique que fait face le peuple cubain, c’est à un véritable siège médiéval.
Nous prenons la route de Varadero, ses plages paradisiaques, principale station balnéaire de Cuba. Pour cela, nous louons une voiture et achetons de l’essence à 3 dollars le litre chez des particuliers : les stations-service sont à sec. L’autoroute qui relie La Havane à Varadero, un axe structurant du pays, reste globalement en bon état. Elle n’est pas vide, de nombreux véhicules y circulent. À Varadero, nous trouvons une station balnéaire qui tourne à 25 ou 30 % de sa capacité, presque exclusivement grâce au tourisme national. Contrairement au reste du pays, l’électricité y est peu coupée, ce qui permet de préserver l’infrastructure et d’assurer son redémarrage le plus rapide possible lorsque la situation le permettra. Les hôtels fermés par les firmes étrangères sont maintenus en état par des travailleurs du secteur touristique. Les hôtels en gestion nationale, eux, sont ouverts et remplis à environ 50 % par des touristes cubains et de rares étrangers. Il en va de même pour les restaurants et les bars : la majorité sont ouverts et fonctionnent à environ la moitié de leur potentiel. Varadero n’est pas une station morte, mais elle tourne au ralenti.
Dans leur course à l’étranglement du peuple cubain, Donald Trump et Marco Rubio ont annoncé le 1er mai dernier, une date qui n’est pas choisie au hasard, un nouveau décret exécutif qui renforce les sanctions extraterritoriales contre les entreprises travaillant à Cuba. En pratique, les sociétés étrangères établies sur l’île sont menacées de très lourdes représailles économiques et juridiques. En quelques semaines, les Canadiens du nickel, les groupes hôteliers espagnols et la plupart des compagnies aériennes, faute de kérosène, de clients, et sous la menace, ont plié bagage. La quasi-totalité des compagnies maritimes ont fait de même. Même le paiement par carte bancaire a disparu, avec le retrait de Visa et Mastercard début juin.
Le tourisme dans le viseur
Pour un voyageur français, le plus simple reste aujourd’hui de passer par Madrid, avec Air Europa (au retour, l’avion s’arrête en République dominicaine pour faire le plein de kérosène) ou avec Air China (escale technique à Nassau au retour). Mieux vaut partir avec des espèces pour tout le voyage, les cartes bancaires étant désormais bloquées. Il faudra aussi tenir compte des difficultés de transport sur place, et accepter de ne pas se rendre aux États-Unis pendant cinq ans : l’ESTA est bloqué pour les citoyens européens qui se sont rendus à Cuba.
Si l’on ajoute à cela les menaces constantes d’intervention militaire depuis le début de l’année, on obtient assez logiquement un effondrement du tourisme, l’une des principales ressources du pays. Les autres ressources essentielles sont elles aussi ciblées par Washington : le nickel, comme on l’a vu plus haut, et les services médicaux, les États-Unis exerçant de très fortes pressions sur les pays partenaires pour qu’ils rompent leurs contrats de coopération médicale. Précisant sa politique, Marco Rubio a déclaré : « À chaque fois qu’ils trouvent une solution, nous la bloquons. »
Les plages ne sont pas remplies. Elles ne sont pas vides non plus. Contrairement au tableau dressé par la presse occidentale, il y a de la vie à Cuba. La situation est très difficile, mais elle n’est pas chaotique. Cela, les journalistes du reportage de France 2 intitulé « Cuba au bord du gouffre », diffusé le 21 septembre à 20 heures, ne l’ont pas vu. Ils ont vu des plages entièrement vides à Varadero et des rues désertes en pleine journée à La Havane, autant d’éléments que nous n’avons pas constatés sur place. Et pour cause : si la bataille matérielle pour que Cuba vive est importante, elle n’est pas la seule.
Bataille médiatique
La bataille médiatique et politique fait rage, elle aussi. L’impérialisme et ses relais déploient des moyens considérables pour décrédibiliser la Révolution cubaine auprès de l’opinion publique internationale, afin de saper ses soutiens et d’isoler Cuba, ce qui la rend plus vulnérable. Dans le contexte actuel, les reportages et les informations uniquement à charge visent donc à attaquer politiquement le peuple cubain et son gouvernement, au moment précis où il faudrait au contraire développer le soutien pour faire cesser cette attaque barbare et faire respecter le droit international. La France figure parmi les dix principaux pays d’origine des touristes à Cuba. Diffuser ces éléments à une heure de grande écoute, sur le service public, pourrait donc contribuer à empêcher ou à freiner la reprise du tourisme français. De quoi réjouir l’extrême droite états-unienne.
Sur la plage de Varadero, nous rencontrons Ernesto, la cinquantaine, en pleine partie de beach-volley avec des inconnus croisés près de l’hôtel. « De ce côté, nous sommes originaires de La Havane, et nous jouons contre Villa Clara, en face. » Ernesto est cadre dans un hôtel espagnol actuellement fermé ; les autres joueurs sont des touristes cubains. « L’hôtel est fermé, mais nous assurons sa maintenance : chaque jour, nous réunissons les équipes pour cela, et nous assurons une garde de nuit », précise-t-il. « La station n’est pas vide, mais je n’ai jamais connu un si fort impact du blocus sur le tourisme étranger depuis que j’ai commencé dans le métier, au milieu des années 1990. » Ernesto termine sa partie, finalement remportée par La Havane, puis enfourche son vélo pour rentrer chez lui. « Comme la plupart des travailleurs du tourisme, j’habite à Cárdenas [la grande ville voisine de la station]. Avec les problèmes de transport, j’ai préféré m’acheter un vélo pour faire les 20 kilomètres jusqu’à Varadero. » Et de préciser : « Le matin, il fait frais, c’est assez agréable. Mais l’après-midi, avec la chaleur, il faut y aller plus doucement, et il faut du courage. » Nous lui souhaitons bon courage et reprenons la route de La Havane. La suite au prochain épisode…
18:00 Publié dans AL-Pays : Cuba, Economie, Voyage | Tags : cuba, résiste | Lien permanent | Commentaires (0) |
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22/07/2026
Face à Washington Large soutien pour Cuba à l’ONU face au blocus énergétique
Le 7 juillet dernier, Cuba a sollicité un débat à l’Assemblée des Nations Unies sur le blocus pétrolier que les États-Unis imposent à l’île depuis janvier 2026. Avec 136 voix pour et seulement 9 contre, le débat a bien eu lieu malgré des pressions et menaces désormais non voilées de Washington. Les abstentions augmentent toutefois dans le monde occidental.
Il ne s’agit pas du vote annuel pour condamner le blocus économique et financier des États-Unis sur Cuba qui a lieu tous les ans depuis 1992. Ce vote a été sollicité de manière exceptionnelle et urgente par la diplomatie cubaine afin de répondre à la situation qui s’est fortement dégradée depuis le 29 janvier 2026 et la mise en place d’un blocus pétrolier et énergétique par Washington contre Cuba.
Presque aucune goutte de pétrole n’est entrée à Cuba depuis le début de l’année. Le pays doit donc s’en remettre uniquement à de l’énergie solaire ainsi qu’au raffinage de brut extrait localement à Cuba mais en quantité insuffisante et d’une qualité difficile à raffiner. Cela ne permet d’obtenir en moyenne que 2 à 3 heures d’électricité par jour, affectant gravement la vie quotidienne de la population mais aussi les services publics comme les hôpitaux, les écoles, la distribution alimentaire et de l’eau, le transport et le ramassage des déchets. Ce blocus énergétique mis en œuvre par le biais d’un blocus naval constitue un acte de guerre en droit international.
Large majorité mondiale avec Cuba et le respect du droit
Ce vote additionnel a permis d’avoir un débat sur le renforcement du blocus et ainsi de condamner politiquement et diplomatiquement cette attaque contre Cuba. Le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodríguez a souligné que « ce vote n’est pas seulement un triomphe diplomatique ; c’est un hommage à la résilience de notre peuple et la confirmation que le monde n’acceptera pas que la faim et l’obscurité soient utilisées comme des armes de politique étrangère ». Tandis que le secrétaire général des Nations Unies a déclaré qu’« asphyxier énergétiquement un pays est une forme de châtiment collectif incompatible avec la Charte des Nations Unies ». Pour la première fois, le blocus énergétique est donc reconnu comme une violation des principes de l’ONU et comme une forme de châtiment collectif infligé à une population civile.
Une partie de l’Occident vassalisé par Washington
À lire aussi
État des lieux La solidarité avec Cuba progresse Avec 136 voix en faveur de Cuba et du respect du droit, le monde soutient largement Cuba. Les pays qui s’y opposent sont les soutiens traditionnels les plus radicaux de Washington comme Israël, l’Ukraine ou encore l’Argentine par exemple. Ce qui est notable, et qui a commencé à se faire jour lors du vote annuel d’octobre 2025, est que sous une pression très forte de Washington, une partie du « bloc occidental » capitule et s’abstient de défendre Cuba et donc également le droit international. Si ce n’est pas le cas de la France, nous pouvons noter la présence de 30 abstentions avec des pays comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, plusieurs pays d’Europe de l’Est, ou encore l’Australie et le Canada.
La situation internationale et le vote du 7 juillet dessinent donc une nouvelle carte du monde dans cette période troublée ; avec d’un côté une petite meute de pays qui, à l’image d’un Trump, d’un Rubio ou d’un Mike Waltz (ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU) mentent, insultent, et menacent tous ceux qui leur résistent et, de l’autre, les tenants d’un monde multipolaire qui s’affirment nettement.
14:05 Publié dans AL-Pays : Cuba, Politique, Société | Tags : cuba onu | Lien permanent | Commentaires (0) |
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23/04/2026
Radiographie de la progression des extrêmes droites en Amérique latine
Les dictatures militaires des années 1960 ou 1970 étaient arrivées au pouvoir par la force ; aujourd’hui, c’est dans les urnes que, dans plusieurs pays d’Amérique latine, des formations qui en sont souvent ouvertement nostalgiques sont parvenues au sommet. Un phénomène en pleine expansion, alors que le continent avait connu une vague de gauche dans les années 2000 et 2010.
Depuis une décennie, les partis d’extrême droite connaissent une progression fulgurante en Amérique latine. Au pouvoir dans la principale puissance de la région, le Brésil, entre 2018 et 2022 avec Jair Bolsonaro, ces forces politiques gouvernent actuellement l’Argentine (Javier Milei), le Chili (José Antonio Kast) et le Salvador (Nayib Bukele). Elles pourraient également bientôt arriver aux affaires dans plusieurs autres pays de la région. État des lieux.
Trois pays déjà gouvernés par l’extrême droite
Définir l’extrême droite est toujours complexe. Il ne s’agit pas d’une catégorie scientifique mais d’un terme d’usage courant, au contenu relatif dans le temps et dans l’espace, d’une société donnée, constituant souvent la fraction la plus déterminée à assurer le maintien de l’ordre social par la force, au besoin en écrasant les subalternes par les méthodes les plus répressives.
Ainsi, en Argentine, la thématique la plus mise en avant par Javier Milei est celle du libertarianisme économique et de sa volonté de « massacre à la tronçonneuse » des services publics.
Au Chili, selon un schéma qui est le plus semblable à ce qui se passe en Europe, c’est la xénophobie anti-Vénézuéliens, accusés d’être responsables de l’augmentation – pourtant modeste – de l’insécurité, qui est le moteur du vote Kast.
Au Salvador, c’est une politique punitiviste aboutissant au plus haut taux d’incarcération du monde, quitte à porter atteinte aux droits humains, qui a fondé la popularité de Nayib Bukele.
Une dynamique continentale
Au-delà de ces cas, la dynamique des extrêmes droites latino-américaines se retrouve dans les autres pays de la région. En Uruguay, le parti Cabildo Abierto, aujourd’hui en déclin mais qui a obtenu 11 % lors des élections générales de 2019, constitue une réaction face aux avancées progressistes du gouvernement de centre gauche du Frente Amplio en termes de genre et de sexualité. De 2020 à 2025, il s’est agi du premier cas en Amérique latine de participation gouvernementale de l’extrême droite à un gouvernement dirigé par la droite, avec les portefeuilles de la santé publique et du logement, tout en étant décisif pour atteindre une majorité parlementaire.
Au Venezuela, la Prix Nobel de la paix, María Corina Machado, a toujours été le visage le plus radical de l’opposition au chavisme. Ce n’est pas sur des enjeux de genre et de sexualité qu’elle se distingue, mais par ses méthodes pour mettre fin au chavisme (l’appel à une intervention extérieure contre son propre pays), son anticommunisme viscéral (alimenté par son rejet du chavisme), son libéralisme économique intégral (rompant avec le traditionnel interventionnisme des politiques au Venezuela) et ses circulations internationales (affichant sa servilité à l’égard de Donald Trump et maintenant son adhésion à des dirigeants comme le président chilien José Antonio Kast – deux leaders qui criminalisent pourtant les migrants vénézuéliens sur leur sol).
Les échéances de l’année 2026 sont décisives pour la dynamique des extrêmes droites latino-américaines. En Colombie, les 31 mai et 21 juin, les électeurs auront la possibilité d’opter pour la continuité de la première présidence de gauche du pays, celle de Gustavo Petro (élu en 2022), en élisant celui qui est pour l’heure le favori, Iván Cepeda. Ses deux principaux rivaux sont Abelardo de la Espriella, avocat connu pour avoir défendu des paramilitaires d’extrême droite et des narcotrafiquants, aux déclarations polémiques sur la réduction des prérogatives de l’État et la lutte contre l’avortement ; et Paloma Valencia, représentante du parti de l’ancien président Álvaro Uribe, le mal nommé Centre démocratique, parti de la droite dure colombienne.
Au Pérou, ce printemps également, l’élection présidentielle pourrait voir la victoire d’un candidat issu des forces les plus à droite du spectre politique. Keiko Fujimori, fille de l’ancien dirigeant autoritaire Alberto Fujimori condamné pour ses multiples violations des droits humains, qui a déjà échoué au second tour des trois dernières élections présidentielles (2011, 2016, 2021), est arrivé en tête du premier tour avec 17,05 % des suffrages exprimés. L’ancien maire de Lima Rafael López Aliaga, adepte d’un punitivisme observé ailleurs en Amérique latine, malgré un piteux bilan sécuritaire à l’échelle municipale, a récolté 11,9 % des votes, échouant à se qualifier pour le deuxième tour, à quelques milliers de voix derrière le candidat de gauche, Roberto Sánchez.
Enfin, l’enjeu le plus important au vu de la taille du pays aura lieu en octobre lors du scrutin présidentiel brésilien où Flávio Bolsonaro, fils aîné de l’ancien président condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, est au coude-à-coude avec Lula dans les intentions de vote.
Des partis alignés sur Washington
Cette montée en puissance est récente. L’extrême droite ne constituait pas jusqu’à il y a encore quelques années une force électorale influente en Amérique latine. Si l’on pouvait clairement relier les gouvernements autoritaires des années 1970 professant un terrorisme d’État – du Chilien Pinochet à l’Argentin Videla, en passant par le Paraguayen Stroessner, l’Uruguayen Bordaberry et le Bolivien Banzer – à ce courant par sa violence et son anticommunisme, leurs dirigeants n’étaient pas arrivés au pouvoir par la voie des urnes. Par ailleurs, comme nous l’avons vu, ces extrêmes droites sont hétérogènes, mobilisant leurs électorats sur des enjeux propres à leurs problématiques nationales.
Si nous tentons de les comparer avec leurs homologues européennes, il apparaît qu’elles sont à la fois semblables et différentes. D’une part, elles partagent les thématiques de la sécurité, de rejet des préoccupations écologiques, de maintien des dominations de genre et de mépris des diversités sexuelles. D’autre part, la place géopolitique « dominée » qu’occupe l’Amérique latine au sein du système-monde crée des différences fondamentales. Les extrêmes droites latino-américaines se sont souvent distinguées par leur suivisme à l’égard de la puissance états-unienne.
Le sommet « Bouclier des Amériques » convoqué le 7 mars 2026 par Donald Trump en Floride est l’illustration de cette tendance. Il est parvenu à rassembler les présidents déjà mentionnés de l’Argentine, du Chili et du Salvador, mais aussi leurs homologues d’une droite a priori plus modérée de Bolivie, du Costa Rica, de l’Équateur, du Honduras, du Panama, du Paraguay, de République dominicaine et de Trinité-et-Tobago.
Pourtant, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la politique des États-Unis en Amérique latine n’est pas favorable aux Latino-Américains. La doctrine « Donroe », mot-valise entre le prénom du président états-unien et le nom de son lointain prédécesseur James Monroe (1817-1825), qui avait théorisé en 1823 l’objectif pour les États-Unis d’empêcher les influences extérieures sur le continent américain, promet de rétablir la tutelle d’Oncle Sam sur l’ensemble de la région.
Les présidents argentin et hondurien ont bénéficié de son ingérence pour emporter respectivement les élections législatives de mi-mandat et le scrutin présidentiel. Pour ne pas perdre le contrôle du Parlement, Javier Milei a accepté un prêt de 20 milliards de dollars (plus de 17 milliards d’euros) en échange d’un accord économique de subordination économique. Ces dirigeants semblent se mettre au service des États-Unis en dépit des complémentarités économiques avec la Chine. À long terme, ces politiques défavorables à leur propre pays pourraient devenir impopulaires auprès des Latino-Américains.
Pour ceux qui voudraient davantage de détails, un dossier de la revue Recherches internationales que j’ai coordonné vient de sortir sur ce thème. Vous pourrez y trouver des contributions sur les circulations intercontinentales et transatlantiques entre extrêmes droites, la configuration politique argentine, l’évangélisme au Brésil, les stratégies de diplomatie numérique de Nayib Bukele ou encore les recompositions de la droite colombienne.
11:15 Publié dans Actualités, Point de vue, Politique | Tags : amérique latine, gouvernements | Lien permanent | Commentaires (0) |
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